La Côte de Beauté - N°123 - Avril/Mai 2013

Benjamin Caillaud, témoin de son temps

 

Pour les besoins de la thèse qui a fait de lui un «docteur en histoire de la photographie», le photographe et galeriste a choisi d’explorer l’œuvre de Fernand Braun, témoin entre 1895 et 1920 de l’émergence de l’industrie touristique à Royan. Un rôle dans lequel Benjamin Caillaud se retrouve.

Une thèse d’université est un travail de recherche de fond, la somme, souvent, d’années de collecte d’informations disparates, formant au bout du patient et cérébral travail de recoupement, d’analyse de l’auteur un mémoire imposant. Le travail que le photographe et historien de la photographie Benjamin Caillaud a consacré à Fernand Braun n’échappe pas à cette définition. Résumé en chiffres bruts et froids, la thèse que le directeur de la galerie d’exposition royannaise DS Souchon sur le photographe et éditeur qui a accompagné la naissance de la balnéarité donne le tournis : «1 200 pages de texte, 1 400 pages en comptant les photographies, graphiques, cartes. Le tout prend six volumes et représente 2,5 millions de caractères, pour ceux qui ont l’habitude d’utiliser un logiciel d’écriture. Ce travail m’a pris un quinquennat», aime à le souligner Benjamin Caillaud.

Le nom de Fernand Braun ne parle pas à tous les Royannais, même les plus anciens. Et pour cause. Le sujet de la thèse de Benjamin Caillaud a marqué l’histoire de la station balnéaire à une époque où le terme lui-même était naissant. La Charente-Maritime n’existait pas encore, on vivait encore en Charente-Inférieure. Fernand Braun, Alsacien d’origine et neveu d’Adolphe Braun, figure illustre de l’art photographique, a accompagné l’avènement de Royan en tant que destination de villégiature, œuvrant sur la Côte de Beauté, en tant que photographe et éditeur de cartes postales, de 1895 à 1920. Cette carrière d’éditeur ne saurait occulter celle de photographe. Benjamin Caillaud y est particulièrement vigilant. «Fernand Braun était un très bon photographe», insiste d’ailleurs son biographe.

Fernand Braun a été formé à bonne école, il est vrai, auprès d’un oncle qui a marqué l’histoire mondiale de la photographie. Fuyant l’Alsace occupée, peu après la guerre de 1870, il s’installe d’abord à Angoulême, puis à Royan, où il ouvre un atelier de portraits et de photographie d’art. Les bains de mer prennent leur essor. Fernand Braun témoigne de cet engouement nouveau, mais il immortalise, aussi, des scènes de la – vraie – vie. Il n’est de condition sociale qui ne suscite son intérêt, son attention et son talent. Son œuvre, car ne peuvent être qualifiées autrement les quelque 4 000 photographies et cartes postales qu’est parvenu à réunir Benjamin Caillaud, son œuvre, donc, constitue un fonds patrimonial d’une immense richesse sur la période qu’il a couverte.

Nul hasard dans le choix du sujet. Benjamin Caillaud se retrouve en Fernand Braun, dans son parcours, dans son approche de la photographie, dans sa perception de la société et du monde. Une vision sociale, humaine de chaque sujet saisi sur le vif ou mis en situation. Comme son illustre et lointain prédécesseur, Benjamin Caillaud a sacrifié au passage quasi obligé du «filmage», la photographie de plage, «difficile mais formateur». «Il a été le photographe de la naissance de l’industrie touristique, un thème que je traite moi aussi, un siècle plus tard. Le parallèle que je fais là, c’est qu’il est nécessaire d’avoir la connaissance de son sujet pour bien le traiter. Je suis originaire de cette région, de Bourcefranc-le-Chapus précisément, je travaille maintenant à Royan, tout en restant, par culture familiale, ouvert sur le monde. Ce sujet, quelqu’un d’extérieur au territoire l’aurait traité différemment, en y portant un autre regard.»

Le regard que Benjamin Caillaud a porté sur Fernand Braun est, certes, analytique, enrichissant sa thèse de ses compétences en matière d’histoire de la photographie et de l’édition, bien sûr, mais aussi d’histoire économique, d’histoire des mentalités, d’histoire régionale. Son travail est à la croisée de ces différentes dimensions, ce que n’a pas manqué de relever Michel Poivert, enseignant à la Sorbonne, qui a eu à juger de la thèse de Benjamin Caillaud. Mais celui qui officie également, aujourd’hui, comme directeur de la galerie DS Souchon, à Royan, porte aussi un regard admiratif sur le photographe et éditeur de la Belle Epoque royannaise. Admiratif ou bienveillant. Il faut non seulement «avoir la connaissance de son sujet» pour bien le traiter, mais aussi éprouver un certain attachement et l’intention, aussi, de sortir de l’ombre une pierre angulaire si précieuse de l’histoire locale.

L’histoire… Benjamin Caillaud en a fait l’un des socles de sa vie et de sa carrière. «J’ai toujours mené de pair mon activité de photographe et un cursus universitaire.» A la clé, deux maîtrises, l’une d’histoire, l’autre en sciences humaines, un master et ce titre, désormais, de docteur en histoire de la photographie, qui est venu distinguer un mémoire auréolé d’une mention dont peu de travaux peuvent se flatter, «très honorable et avec les félicitations unanimes du jury».

Ses titres de gloire, le photographe les tire aussi et peut-être surtout du terrain de ses expériences photographiques. L’enfant de Bourcefranc, élevé «dans une famille d’artistes, avec une grand-mère peintre et un père photographe amateur très éclairé», a «toujours voulu vivre le monde en version originale». Entendez, au cœur même des cultures que sa curiosité et son «ouverture sur le monde» l’incitaient à découvrir. Il a ainsi vécu en Italie, puis en Turquie, sillonné le monde. Parmi ses faits d’armes, véritable synthèse de son amour de la photographie sociale et de son appétence pour l’histoire contemporaine, en 2008 il couvre la campagne électorale du candidat démocrate à la présidentielle américaine.

Dans les pas de Barack Obama, il parcourt, l’œil dans le viseur et la soif de rencontres insatiable, ces Etats-Unis d’Amérique qui s’apprêtent à porter à la Maison-Blanche leur premier président noir. «Trois mois sur place, 11 Etats couverts, deux meetings par jour, à la fin. Obama en donnait quatre, lui.» Mais avec d’autres moyens. Entre deux avions, Benjamin Caillaud croise «des étudiants, des vieux, des militants qui faisaient du porte-à-porte», racontant en images un fait d’histoire contemporaine aussi justement que les mots les mieux choisis. Car la photographie parle, raconte, analyse aussi sûrement que le langage écrit ou parlé. Benjamin Caillaud en a plus que l’impression. Il en a la conviction. Comme a dû en avoir la conviction, en son temps, Fernand Braun, témoin et rapporteur de la naissance d’une station balnéaire.

Photo DS Souchon

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