Histoire - N°165 - Avril/Mai 2020

Les premières années du tramway forestier

Le tramway forestier qui traverse la forêt de la Coubre résulte de l’ensemble des travaux menés pour ensemencer cette zone par l’administration des Eaux et Forêts. Tout en restant une servitude pour les besoins des forestiers, ces installations bénéficient également aux excursionnistes de la Grande Côte pour pénétrer à l’intérieur de cette forêt domaniale.

Christophe Bertaud

L’installation du tramway forestier est indissociable des travaux engagés afin de stabiliser les dunes de la pointe de la Coubre. Les premiers travaux de semis débutent en 1824. Le procédé mis en place est repris dans les années suivantes dans la presqu’île d’Arvert. Les gros travaux sont d’abord menés par les Ponts et Chaussées jusqu’en 1862. Puis ils sont pris en main par l’administration des Eaux et Forêts sous la houlette du chef du service forestier, Médéric de Vasselot de Régné. Plus de 2 000 hectares sont ainsi ensemencés jusqu’en 1878. Toute la logistique autour de ces plantations s’organise, pépinières et jardins d’acclimatation ainsi que des maisons forestières voient le jour.

L’architecte dessine les plans d’ensemble avec ses chemins vicinaux et son petit tramway qui sert tout d’abord aux ouvriers et aux employés aux travaux sylvicoles. Une fois réalisées, ces voies ferrées vont servir aux estivants qui se rendent à Royan et sur la Grande Côte.

Dans le journal Le Gaulois du 11 août 1884, on peut y lire une publicité pour des « Visites par le tramway forestier à la Palmyre, la Coubre, le Pavillon Bonne-Anse, la Pointe Espagnole, le Galon d’Or, la forêt et le dolmen de Combots, la forêt d’Arvert, etc. ».

Pour se rendre compte de l’atmosphère de ce tramway forestier à la fin du xixe siècle, relisons les écrits du journaliste-écrivain Victor Billaud dans son ouvrage Royan et ses environs publié en 1891 : « À cette époque on pénétrait difficilement dans ce désert presque sans accès, qui commence à huit kilomètres de Royan et s’étend jusqu’à La Tremblade. Même, les imaginations chauffées à blanc par le soleil d’août lui faisaient une réputation détestable : on rappelait les équipages naufragés qu’il avait vus mourir de faim, et on parlait tout bas de caravanes enfouies dans ses fondrières. Mais aujourd’hui, grâce au tramway que l’Administration forestière a établi dans les dunes, et qu’elle met à la disposition des excursionnistes, on a des facilités les plus grandes pour visiter dans sa tragique étendue cette Côte Sauvage où n’allait personne, et où la mer est belle pendant l’été comme une mer d’hiver. On n’a plus à demander d’autorisation pour le tramway comme autrefois. Il suffit d’écrire l’avant-veille de la promenade à l’exploitation de la ligne, qui a son siège au Pavillon central, ou de lui télégraphier la veille, pour avoir à l’heure indiquée l’attelage de l’expédition. Le tramway de la Coubre part de la Combe à Massé, à un quart de lieue de la Palud, qu’on rencontre en allant à Terre-Nègre, et mène droit à ce fameux pertuis de Maumusson d’où sont sorties tant de légendes. Les wagonnets sont des véhicules à ciel ouvert, d’un confortable primitif mais bien dans la note agreste du paysage, et assez spacieux pour une dizaine de voyageurs. Dès qu’on a pris place sur leurs banquettes, roulant sous des tunnels de verdure à travers les pins piqués dans les sables, et aspirant à pleine poitrine les âpres senteurs de la flore des dunes, on éprouve le besoin de questionner le conducteur sur ce pays inconnu, à peine humanisé par un labeur de soixante années. Des poteaux disent les pentes de la ligne et les rayons des courbes, ce qui permet de régler mathématiquement la pression des freins et la vitesse des convois. »

Il en coûte alors 1,50 franc pour la Palmyre, 2 francs pour Bonne-Anse, 2,50 francs pour le Pavillon, 3,50 francs pour le Galon d’Or ou la Pointe-Espagnole. Le départ se fait tous les jours de la Combe à Massé. Les billets sont alors à acheter au kiosque devant l’Hôtel de Bordeaux. Les réclames indiquent qu’il est inutile de se munir de provisions car le tramway séjourne à l’heure du déjeuner au Pavillon où l’on trouve tout le nécessaire pour se restaurer.

Dix ans plus tard, le charme champêtre (agreste disait Billaud) opère toujours rappelle un numéro de la revue parisienne Le mois littéraire et pittoresque en 1903 : « Au milieu, la Combe à Massé, simple hangar toituré de bruyère, où commence le tramway forestier, et de là jusqu’à vingt kilomètres au Nord, jusqu’à l’embouchure de la Seudre, et sur une profondeur égale, c’est la dune boisée qui a l’air indéfinie, ce sont les forêts sauvages et désertes de Saint-Augustin et d’Arvert. À la bonne heure ! Les voilà, les vrais bois, non domestiqués, non découpés en tranches pour faire des jardins de villas avec des pignons vaniteux entre les branches des arbres. […] Le tramway forestier, qui n’est le plus souvent qu’une brouette découverte, file, au trot régulier d’un bon cheval blanc, le long de la voie Decauville, étroite et cyclable, à travers de longues avenues minces, taillées en plein bois dans la monotonie verte des pins, des peupliers et des aulnes, semés de chênes moyens et d’acacias. »

Si le charme de la traction animale continue encore jusque dans les années 30, les premières automotrices apparaissent à partir de 1903 sur le « chemin de fer forestier » comme il est indiqué sur les cartes du service hydrographique de la marine.

Photo : Le tramway traverse les forêts de chênes plantés au Barrachois sur une ancienne zone marécageuse autrefois recouverte par l’océan. La ligne droite du Barachois est longue de 4 km.

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